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27 Feb 2018

Achille Noussia : « les entrepreneurs togolais doivent être des core i7 »

Achille Noussia Amétépé est un des entrepreneurs qui a marqué en 2017, le monde entrepreneurial au Togo avec sa jeune entreprise, Civic Bag démarrée avec 250 francs CFA. En une année d’existence, il est respectivement lauréat du Forum international pour le développement de l’entrepreneuriat en Afrique (FIDEA) 2017 ; du prix de la diaspora togolaise Forum KPEKPE 2017 et du Most Young Influent Entrepreneurs Day Togo 2017. Markéteur communicateur de formation, Achille Noussia raconte ses débuts et donnes des astuces pour un entrepreneuriat réussi au Togo.

Que représente pour vous cette distinction du Most Young Influent Entrepreneur day Togo 2017 ?

C’est d’abord une fierté qu’aujourd’hui d’autres personnes et nos pairs nous désignent comme jeune entrepreneur influent du Togo. C’est une fierté et  à la fois la consécration des efforts de tout ce qu’on a entrepris jusqu’à maintenant.

Quel impact cette distinction a sur la vie de Civic Bag ?

Il y a un mérite qui a été reconnu, on a continué  dans la droite ligne en impactant et en faisant plus que ce que nous avons fait jusque-là et qui a fait de nous l’un des meilleurs entrepreneurs du Togo. Le travail continue encore par faire évoluer notre innovation et par amener plus de citoyens à l’adopter.

Cela a donné une visibilité à Civic Bag ?

Oui, tout à fait. Autour de l’évènement, il a eu des communications, des gens ont eu l’information. Ceux qui ne connaissent pas Civic Bag avant, savent maintenant qu’il y a une initiative comme telle qui est reconnue et récompensée.

Votre entreprise est un miracle de réussite avec 250 FCFA en fond de démarrage. Racontez-nous cette aventure ?

L’aventure de Civic Bag a commencé banalement. J’avais suivi une formation tout d’abord sur l’engagement citoyen et par la suite, sur la conception des emballages écologiques. J’avais présenté un projet à un concours continental sur l’engagement citoyen mais le projet a été jugé pouvant présenter des conflits avec le pouvoir en place. Toute suite, je voulais coûte que coûte mettre en application mes connaissances sur l’engagement citoyen et la conception d’emballage écologique. C’est là j’ai pensé au papier ciment. Je ne sais pas de quelle façon l’idée m’est venue tout de suite d’utiliser le papier ciment pour faire des emballages écologiques. J’étais au bureau avec mon collègue et on discutait de tout ça. Lui aussi avait voyagé sur Paris (France Ndlr) et il était revenu avec un sac en papier. J’ai juste dit oui, c’est le type de papier qu’on utilisait à la formation, mais moi je veux utiliser un papier local. Et l’idée était portée sur le papier ciment. Le lendemain, je suis revenu au bureau avec du papier ciment. Je suis allé acheter de la colle à 250 FCFA, c’est la seule chose que j’avais acheté véritablement. J’ai coupé le papier et j’ai fabriqué le premier Civic Bag.

Au début, il n’avait pas de nom, maintenant il fallait lui trouvé un nom. Quand je faisais ma formation en engagement citoyen, j’avais créé en quelque sorte un laboratoire citoyen que j’appelais à l’époque 228Civic Lab. C’était un laboratoire ou un espace de travail où des jeunes engagés doivent développer des produits ou des services qui vont participer à la construction du pays. Toute suite, j’ai commencé par faire des recherches sur l’état des lieux des emballages au Togo et j’ai eu pas mal d’informations. Cela m’a permis de me forger un argument commercial et d’argument de promotion pour le nouveau sac que je viens de fabriquer. Naturellement comme aujourd’hui, ce sont les réseaux sociaux qui sont à la mode, je n’ai pas hésité à prendre en photo le sac et à publier sur les réseaux sociaux. L’engouement a commencé comme cela : les gens ont commencé à demander le sac est fait en quoi ? Les gens ont commencé à demander le prix alors que je n’ai même pas encore pensé au prix. C’est une longue histoire mais c’est comme cela que tout est parti. Maintenant, il fallait améliorer le premier prototype qu’on avait fait, le personnaliser jusqu’à lui trouver un nom. Le nom c’était par tombola, on avait pris trois noms et on a tiré au sort. C’était Civic Bag qui était tiré. Donc, c’est ce nom qu’on a donné au prototype comme un sac citoyen qui évite aux citoyens de polluer l’environnement.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’aventure de Civic bag et vous a donné de l’énergie pour réussir ?

Effectivement, au début, j’avais commencé sans moyen, c’est vrai qu’il ne fallait pas beaucoup de moyens pour pouvoir faire Civic Bag, mais il fallait avoir l’adhésion des gens et tout de suite, j’ai pensé au pouvoir public. A un moment donné, j’ai pris mon courage à deux mains. J’ai envoyé des courriers et prototypes à des ministères que je me réserve de citer pour leur dire voilà ce que nous faisons, nous avons besoin de vos soutiens, ne serait-ce que le soutien moral pour pouvoir faire aboutir l’initiative. Il y en a deux qui m’ont recontacté pour me donner rendez-vous.  Le premier m’a posé des conditions et m’a demandé si j’arrive à faire des études de toxicité et de biodégradabilité et tout, il verra dans quelles mesures m’accompagner. Et d’après les informations, je dois débourser 3.000.000 de FCFA en allant pour faire ces études. Il m’a littéralement découragé parce que moi, je ne pensais pas tout suite à tout ça. J’avais compris que la stratégie, c’était de me décourager.

Le deuxième ministère m’a reçu avec le ministre lui-même. Il avait exprimé toute sa satisfaction de voir un projet comme cela. Il avait promis ciel et terre pour m’aider à asseoir le projet, mais quand on est parti, c’est fini. Au point que je me suis dit qu’eux, ils ne croient pas véritablement mais moi j’y crois et je vais continuer. J’ai continué jusqu’à avoir le premier prix le 26 mai 2017 du Forum international pour le développement de l’entrepreneuriat en Afrique (FIDEA). J’ai appelé l’un des deux ministres pour lui présenter le prix juste pour lui faire honneur, il n’a même pas daigné  me répondre. A côté de ça, il y a eu des difficultés financières. Il y a eu des moments où je n’avais pas les moyens pour acheter de la matière première. J’ai cessé mes activités pendant au moins deux mois où je ne produisais plus de Civic Bag. Je fais économie de quelques détails, histoire de vous dire que oui le chemin n’est pas facile, personne n’a dit que ce serait facile, mais j’ai tenu à prouver à tous ceux qui ne croyaient pas que moi personnellement, j’y crois et que demain, ils seront obligés de nous emboîter le pas, sinon d’adopter nos produits.

C’est un pari réussi aujourd’hui ?

Ce n’est pas encore gagné, la lutte continue. La lutte n’est pas encore gagnée, la lutte continue. Avec les résultats que nous avons aujourd’hui, on est confiant que l’avenir est prometteur.

Votre carrière d’entrepreneur est aussi ponctuée d’échecs. Parlez-nous de celui qui vous a le plus marqué ?

On parle moins de nos efforts pour ne pas faire fuir les jeunes qui voudront embrasser la carrière aussi. J’ai connu des échecs. Quand je suis avec les amis, je ne le cache pas. J’ai commencé l’entrepreneuriat formellement en 2013. La première agence que j’avais créée, Full marketing n’avait pas véritablement pas marché. J’ai juste fais neuf mois. Avec les amis, on a lancé pas mal de projets. Au moins une dizaine, qui a échoué tour à tour au point où il avait eu la démotivation. On se disait s’il ne fallait pas aller chercher un emploi ailleurs. Au fin fond de moi, quelque chose me dit non, je n’irai pas chercher de l’emploi. En 2016, un peu avant le lancement de Civic Bag, j’ai travaillé sur le projet d’un ami. On a donné le meilleur de nous-même pour qu’aboutisse le projet, mais le sujet a échoué finalement. Je dirai que ce dernier échec a beaucoup pesé sur moi. J’ai passé des jours dans ma chambre, même sortir, je me dis sortir pour faire quoi, jusqu’à ce que l’étincelle ne jaillisse sur Civic Bag.

Nanti de votre expérience d’entrepreneur, quel astuce donneriez-vous aux entrepreneurs qui hésitent à se lancer ?

Si l’argument c’est le manque de moyen, je dis non. Le manque de moyen n’est pas le problème. Je me résume à l’adage qui dit « qui peut le plus, peut le moins ». Notre problème est que quand nous avons une solution à un problème qui est un problème, nous pensons à l’argent, au financement. Moi aussi, il m’est arrivé dans mes échecs aussi où on avait l’argent mais le problème était ailleurs. Les problèmes étaient soit l’aspect managérial, de la clientèle. Du coup, je dis le premier facteur auquel il faut penser, c’est l’adhésion de la clientèle. Si vous avez déjà une clientèle potentielle ou une frange des consommateurs pour votre produit, je dirai que vous avez résolu votre problème à moitié. Le problème de financement et autres vont se résoudre au fur et à mesure. Si vous focalisez votre attention sur le financement, vers où je dois aller ? Qui va laisser son argent à la banque et vous, vous allez aller tout simplement parce que vous avez les idées les plus belles du monde et aller prendre l’argent. Non, ça ne se passe pas comme cela. Même si on vous donne l’argent parce que votre problème c’est l’argent, vous allez le dépenser mais le projet peut ne pas réussir. La solution, c’est de trouver d’abord une masse critique de clientèle potentielle pour le projet qui croit en ce que vous voulez faire. Si vous doutez de ce que vous voulez faire, je ne vois pas qui est ce qui vous allez convaincre, il faut avoir foi en vos capacités, en la réussite de votre produit. C’est fondamental. Si vous n’avez pas cela, dites-vous que vous avez échoué avant de commencer.

Le dernier conseil que je veux donner aux jeunes entrepreneurs, dire que le Togo c’est difficile c’est vrai, c’est vérifié et tout le monde le sait. Maintenant que c’est difficile, est-ce que nous allons rester là à crier à tue-tête que c’est difficile? Il faut trouver des solutions et pour les trouver, la première chose, c’est d’avoir foi que nous avons la capacité de résoudre ces problèmes. Je dis aujourd’hui que les entrepreneurs togolais doivent être des core i7, ils doivent avoir plusieurs cœurs. Si vous avez votre cœur naturel, il vous sera difficile parce que nous ne sommes moulés pour faire face aux aléas entrepreneurials. Il faut être déterminé quels que soient les obstacles, il faut se relever pour continuer le chemin. Il y a un problème aussi que nous autres avons rencontré. Si je dois conseiller les gens, je dirai simplement qu’il faut être patient. Rien de sérieux ne se construit dans la précipitation. Avant, on était pressé de compter des millions tout de suite. On était pressé de voir nos produits sur nos étalages. Avec le temps, j’ai compris qu’il faut faire du chemin pour s’imposer.

Nous sommes déjà à la fin, un mot pour conclure

Merci pour l’engagement à nos côtés, histoire de sortir les mots de notre bouche et les servir aux lecteurs. A Civic Bag, nous ambitionnons d’ici 2025 de faire disparaître sensiblement les sachets plastiques dans notre environnement et la solution aujourd’hui, ce sont les sacs en papier. Nous invitons les citoyens togolais à changer de paradigme du moment où nous savons que les sachets plastiques constituent un mal pour notre santé et notre environnement. Il faut qu’on soit responsable pendant que la solution est là, de l’adopter en essayant de polluer moins notre environnement et en préservant nous-même notre santé. C’est ce que je dirai en les invitant à adopter Civic Bag dans leur course au quotidien.

Jérémie Gadah

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